Une brochette de patriarches du business malgache, dont certains ont parfois largement dépassé la soixantaine, est en train de passer la main. Ces patrons fondateurs de grandes entreprises, de nationalité française pour la plupart d'entre eux et d'origine indienne (localement appelés Karanas ou Karanes), sont confrontés à l'urgence de trouver un successeur parmi leur progéniture afin de pérenniser leur groupe familial.

L'opération s'avère délicate, car la retraite ne faisait initialement pas partie de leur perspective de vie et certains d'entre eux ont du mal à laisser la place, tant en termes de gestion d'entreprise qu'en matière de transmission capitalistique à leur filiation. De leur côté, leurs enfants, tiraillés entre différentes cultures, ne se projetaient pas toujours comme futurs dirigeants du groupe familial à Madagascar.

Néanmoins, à la faveur de ces changements en cours, une nouvelle vague d'entrepreneurs, à la formation et aux habitudes différentes de celles de leurs ascendants, est en train de prendre pied dans des pans entiers de l'économie malgache (import-export, hôtellerie, énergie, pétrole, vanille, etc.).
Bardés de diplômes, ayant beaucoup vécu en Europe ou aux Etats-Unis, où ils ont parfois démarré leur carrière, ces "fils à papa" (les filles sont très rares dans ce cas) se voient brusquement plongés dans une réalité malgache qui ne correspond guère aux canons économiques qu'ils ont étudiés dans leurs écoles supérieures de commerce (lourdeurs administratives, versatilité de l'Etat, corruption, etc.).

Et pour leur rendre la tâche encore plus malaisée, ils doivent faire face depuis quelques années à une insécurité grandissante à Antananarivo, notamment du fait de la recrudescence des enlèvements crapuleux de jeunes Karanas, ensuite libérés contre le paiement d'une rançon dont le tarif ne cesse de grimper d'un cas sur l'autre. Cela pousse de plus en plus certains de ces nouveaux businessmen, surtout lorsqu'ils ont des enfants en bas âge, à réduire au strict nécessaire leur présence à Madagascar et/ou à installer leurs familles à l'étranger, inaugurant ainsi une sorte de leadership offshore de leur groupe d'entreprises.

Si Karim Barday, du Groupe Basan (produits agricoles, cuir, alimentation), Hasnaine Yavarhoussen, de Filatex (immobilier, hôtellerie, énergie), ou Hasnein Hiridjee, du groupe Trimeta (vanille, plastiques, boulangeries), sont bien établis à Antananarivo, d'autres agissent depuis l'extérieur, comme Sameer Rajabali du groupe éponyme (BTP, immobilier, hôtellerie) installé à Maurice ou Mathias Ismaïl et Gauthier Ismaïl du groupe Socota (textile, crevettes, immobilier) qui résident respectivement à Paris et à Maurice. Il en est de même des deux enfants d'Iqbal Rahim, le président fondateur de Galana (produits pétroliers), Rizwan Rahim et sa sœur Naila Shirazee née Rahim, membres du conseil d'administration du groupe depuis 2011 et qui vivent, comme leur père, à Dubaï.

A partir de positions fortes dans l'économie malgache, certains de ces groupes ont essaimé à l'étranger, tel Galana (Maurice, Mozambique, Afrique du Sud, Kenya) ou Socota (immobilier à Maurice, produits de la mer en France). Quant aux autres, ils sont également tournés vers l'Europe (ou les Etats-Unis) pour leurs ventes (la vanille de Trimeta ou les haricots verts de Basan), la recherche de partenaires (Filatex en Espagne et le groupe Rajabali en France) ou l'importation de biens d'équipements.